Conversation avec Aurore Abecassis : Fondatrice de Acmé (Seconde partie)

Conversation avec Aurore Abecassis : Fondatrice de Acmé (Seconde partie)

Une des particularités d’Acmé c’est que vous n’avez pas levé de fond, quel est ton expérience par rapport à cela? Est-ce que vous pensez à le faire dans le futur et quels sont les avantages et désavantages que tu peux voir ?

C’est une bonne question, nous n’avons absolument pas besoin de levée de fond car nous sommes profitables donc totalement autofinancés. Nous avons demandé des financements à la Banque Publique d’Investissement et nous verrons quelle sera la traction. Nous serons peut-être amenés à lever des fonds car il y aura des investissements technologiques. Pour autant, à ce stade, j’ai décidé de ne pas lever de fond. Pour moi, les points positifs sont que ça donne du cash pour pouvoir recruter et investir, attirer des talents et aller très vite au début mais le problème est que cela génère du “cash burn”. Le fait de lever des fonds et de brûler du cash avant d’en générer me dérange éthiquement. 

Sans lever de fond, l’entreprise fonctionne de manière plus saine avec un EBITDA (l’Excédent Brut d’Exploitation) positif et pas la peur de ce dire qu’on peut mourir. De plus, notre objectif est aussi de montrer à nos futurs talents que ce n’est pas parce que nous n’avons pas levé de fond que nous n’avons pas une vision sur le long terme.

J’ai vu que tu avais participé à une conférence pour HEC à ce sujet, est-ce que tu veux partager avec nous ton expérience d’être une femme et cofondatrice? 

En effet, j’ai témoigné pour HEC entrepreneur, auprès des femmes. L’objectif était de raconter ce que c’est d’entreprendre aujourd’hui et notamment dans un univers majoritairement masculin, en particulier dans l’univers tech. 

Aujourd’hui, être une femme et entreprendre est à la fois un aspect positif et négatif. Il y a assez peu de femmes dans l’entreprenariat et cela donne donc assez facilement de la lumière. En effet, cela donne des opportunités de témoigner, d’être visible, d’aller chez Willa qui est un incubateur entrepreneuriat féminin tech. Pour autant, c’est un peu une fausse opportunité car la raison principale est qu’il y a peu de modèles féminins et les structures sont majoritairement managées par des hommes qui investissent dans ceux qui leur ressemblent.

Moi par exemple, j’ai eu beaucoup de mal à me lancer. En effet, je ne voyais pas ce que je pouvais apporter – un vrai syndrome de l’imposteur et je n’avais pas vraiment d’exemple féminin auquel j’arrive à m’identifier, en France en particulier. Il y a quelque chose d’inconscient et difficile à expliquer. Nous arrivons dans un univers où il n’y a que des hommes, qui pensent pareil. C’est dur de pénétrer dans ces univers-là car nous ne sommes pas pareils et nous sortons de la “normalité”; cela fait peur.

J’ai un rôle-modèle que j’aime beaucoup qui est Fany Pechiodat. C’est une femme, qui vient d’un univers grande école et a fondé My Little Paris, entreprise dans l’univers du lifestyle et du bien-être. 

Par exemple, dans le cadre de cette interview, est-ce que cela t’agace d’en parler ou au contraire tu vois ça comme une opportunité d’être un rôle-modèle pour plus de gens ? 

Au contraire, moi je trouve ça super. Un de mes “why” c’est de pouvoir transmettre à tout point de vue. Sans prétendre être un rôle-modèle, si je peux aider ou inciter les femmes à se lancer et retirer un peu les barrières sociales, je suis partante. Je suis très partisane des groupes féminins pour s’aider car on reste tellement minoritaire, c’est nécessaire pour avoir de l’impact. 


Quel conseil donnerais-tu à une femme dans le conseil qui veut se lancer dans l’entrepreneuriat? 

Le premier, serait de déconstruire toutes les normes sociales que nous nous sommes construites car il y en a beaucoup dans le conseil. Il faut les intégrer car elles sont utiles mais les dépasser pour enlever les œillères et revenir à soi. Il faut se dire “Ok, j’ai accompli tout ça, notamment pour la norme sociale mais maintenant il faut s’écouter et faire ce dont on a envie”. 

Le deuxième conseil serait vraiment de s’entourer au maximum, pour moi c’est ce qui a fait la réussite d’Acmé. J’ai des experts que je peux solliciter, j’ai des mentors, boards, réseaux d’entrepreneurs etc. Ça apporte beaucoup car on bénéficie de l’expérience des autres qui sont passés par là, ça donne un énorme accélérateur. 

Retrouver la première partie de l’interview ici

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