Conversation avec Fabien Huché-Deniset : Co-fondateur de Parad (Première partie)

Conversation avec Fabien Huché-Deniset :               Co-fondateur de Parad (Première partie)

Nous nous sommes entretenus avec Fabien Huché-Deniset, co-fondateur de Parad. Diplômé d’ HEC, il a ensuite passé un peu plus de 3 ans chez Bain & Company. Fabien nous parle du positionnement unique de Parad ainsi que des dynamiques qu’il observe dans un secteur en forte croissance de la mode: La seconde main.

Pourrais- tu nous présenter Parad et nous parler de votre positionnement ?

Parad est un site de mode de seconde main. Contrairement aux sites les plus connus tels que Vinted ou Vestiaire collective nous ne sommes pas sur un modèle de particuliers à particuliers mais sur un modèle B2C: les vendeurs sur notre site sont des marques qui veulent se lancer en seconde main. L’idée est d’intégrer massivement les marques à la dynamique de seconde main, chose qui se fait encore peu pour le moment. Pour le moment, nous ne nous sommes lancés que pour les femmes car nous ne voulions pas disperser nos efforts marketing. Nous nous positionnons exclusivement sur des marques premium.

Pour les marques, se lancer dans la seconde main revient à ajouter de la complexité à leurs opérations car elles ne sont pas habituées à gérer les flux spécifiques de la seconde main. Nous gérons donc cela pour nos marques partenaires. Nous ne sommes pas seulement un agrégateur d’offres pour la seconde main, nous gérons aussi la logistique que cela implique.
La marque a deux rôles cruciaux dans le partenariat : la communication sur son offre de reprise de seconde main et le rachat des articles, principalement via des bons d’achat. 

Est ce que ces entreprises là ont déjà un stock de seconde main ?

Non, elles ne vont d’ailleurs jamais avoir de stock à proprement parler. Elles communiquent sur le fait qu’elles se lancent dans la seconde main et qu’elles reprennent les vêtements. Mais, même si l’article leur appartient financièrement (grâce au rachat), physiquement c’est toujours nous qui allons le détenir.

En termes de traction, comment cela a commencé ? Quels sont les retours que tu as ? Est ce que ces marques étaient déjà à la recherche de la seconde main où as tu fais bouger un marché ?

Toutes les marques dans l’ensemble sont à l’écoute de la seconde main en ce moment.  C’est un gros sujet de la mode actuellement, ça prend une ampleur incroyable avec des taux de croissance très forts, entre 10 et 20% par an. Les marques étaient jusqu’ici mise sur le côté de ce marché et voyaient leur image de marque dégradée sur nos plateformes concurrentes. Lorsque nous leur proposons de nous rejoindre, on leur propose de reprendre la main sur la seconde main, de contrôler leur image de marque, de toucher des nouveaux consommateurs. Ce sont de réels avantages, donc toutes les marques, au minimum, écoutent avec attention notre offre.

Est-ce qu’il y a une peur de “cannibaliser” leur business de la part de certaines entreprises ?

Oui et non; Oui, car la marque va se faire peu, voir aucune marge sur la seconde main, donc elle ne va pas vouloir qu’une de ses clientes intéressées pour de la première main reparte finalement avec de la seconde main. C’est un risque de cannibalisation de ce côté-là. Mais en réalité, la seconde main actuelle cannibalise déjà leurs ventes, sans qu’elles y prennent part.

De même, si une marque décide de se lancer dans la seconde main seule ou avec un prestataire qui l’aide à construire cela en interne, elle développe un onglet seconde main sur le même site que celui sur lequel elle a tous ses articles de première main. Dans ce cas, la marque met en concurrence une offre de première et de seconde main sur le même canal et elle prend là un risque de cannibalisation.

En revanche, si elles se lancent avec nous, à l’inverse, la vente de seconde main ne se fera pas sur le même canal. Notre site est exclusivement dédié à la seconde main, donc quand la cliente se connecte sur le site de Parad, elle vient uniquement acheter de la seconde mai. Ce n’est donc pas un manque à gagner pour la marque, qui passerait à côté d’une de ses clientes traditionnelles.

Comment vous est venue l’idée de lancer un site comme Parad ?

J’ai lancé ce projet avec mon frère. On voulait tous les deux travailler sur un projet responsable, et la mode est un secteur qui nous intéressait particulièrement. En 2020, mon frère a été diplômé de L’ESCP, et c’est cette année là où il a fait son mémoire de fin d’étude, sur les nouveaux business modèles dans l’industrie de la mode.

Parallèlement, je travaillais chez Bain & Company. Durant ma dernière année, j’ai travaillé sur plusieurs projets dans la mode. La seconde main était une dynamique forte, dont nous parlions avec nos clients.

Concernant les nouveaux business models de la seconde main, est ce qu’il y a eu une réflexion par rapport à la manière dont une plateforme doit générer des revenus  ? Est ce que vous avez pensé au volume qui est sûrement la chose qui a détruit l’industrie de la mode ?

Oui, c’est aussi en cohérence avec le positionnement qu’on a choisi, On préfère proposer des articles en moyenne assez onéreux, à plus de 70€ en moyenne, ce qui n’est pas donné pour de la seconde main. On n’achète pas un article à 70€ comme un article à 3€ sur Vinted, donc ce positionnement sur des produits haut de gamme assure une plus grande réflexion avant l’acte d’achat, pour éviter la surconsommation. De même, ce niveau de prix vient, en général, avec une meilleure qualité des produits, donc une meilleure durabilité. 

Vous avez une charte avec les petites marques avec lesquelles vous travaillez ou est ce que c’est le prix qui vous donne une approximation ?

C’est principalement le prix oui. Comme, dans tous les cas, c’est très compliqué de savoir si une marque est vraiment responsable ou seulement responsable d’apparence, avec les informations disponibles au public, on se donne le prix et la qualité comme critères. Pour nous le but est de se focaliser sur les marques qui produisent des pièces durables. 

Quels sont tes prochains objectifs ?

On s’est lancé il y a à peu près 2 mois, donc le projet est tout nouveau. On a réussi à se lancer avec 5 marques, qui sont pour la plupart de taille intermédiaire. Pour le moment, on reste sur des volumes assez faibles. Cela nous a permis de valider le concept, les marques sont contentes de la manière dont ça marche et surtout, les clientes sont satisfaites.

Notre objectif, en 2022, est d’accélérer fortement notre croissance en ajoutant une dizaine de marques supplémentaires pour avoir une offre suffisamment large sur notre site pour les clientes et permettre à plus de marques d’enfin se lancer.

Dans 3 ans, on aimerait devenir l’acteur de référence dans la vente de seconde main haut de gamme. D’ici là, on espère avoir réussi à bien gérer notre communication et gagner de la notoriété pour qu’on puisse aussi élargir notre offre aux hommes en France. Notre objectif est que les clients aient le réflexe Parad quand ils cherchent de la seconde main de qualité. 

Il y a beaucoup d’acteurs qui investissent énormément dans le marketing, pour attirer des visiteurs, comment Parad a trouvé ses premières clientes ?

Notre stratégie est basée à 100% sur les réseaux sociaux. Pour le moment, on ne dépense rien en dehors de ces canaux.

Movemeon connecte des (ex) consultants et freelances grâce à des perspectives d’emploi, conseils et événements. Inscrivez-vous gratuitement et recevez des offres d’emploi, des conseils d’experts et des invitations à des rencontres professionnelles afin d’agrandir votre réseau. 

5 1 vote
Article Rating

Related articles